Roxane Gay


Roxane Gay, née en 1974, est une auteure, professeure d'université et éditrice américaine. Elle est notamment connue pour l'essai Bad Feminist publié en 2014.




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Existe-t-il de bonnes ou de mauvaises féministes ? Si oui, Roxane Gay se revendique de la seconde catégorie. Sa couleur préférée est le rose, elle écoute du gangsta rap, se gave de téléréalités, adore lire Vogue et rêve d'un dressing rempli de talons hauts et de sacs à main… Et alors ? Dans son livre Bad Feminist, cette écrivaine et militante féministe américaine fait feu de tout modèle et rejette toute injonction à la perfection.


Son film préféré ? Pretty Woman. Sa comédie musicale fétiche ? West Side Story. Sa couleur favorite ? Le rose. Elle n'hésite pas à dire qu'elle écoute en boucle et le plus fort possible des morceaux de rap, aux paroles pourtant peu féministes ...

Roxane Gay explique avoir résisté au féminisme jusqu’à ses trente ans, parce qu'elle craignait que ce mouvement ne l’empêche d’"être la femme bordélique que je sais être". Voilà donc pourquoi elle se revendique elle-même comme une "mauvaise féministe",  "parce que je suis humaine. (...) Je n'essaye pas d'être parfaite. Je ne dis pas que j'ai réponse à tout."

Roxane Gay reçoit le Prix Liberté d'écrire lors de la 25ème cérémonie du Festival de la littérature, à Beverly Hills (Californie) le 16 novembre 2016. 
Roxane Gay reçoit le Prix Liberté d'écrire lors de la 25ème cérémonie du Festival de la littérature, à Beverly Hills (Californie) le 16 novembre 2016. 
Crédit/Matt Sayles/Invision for PEN Center USA/AP Images

Fausse "bad girl" mais vraie féministe

Au fil de ses écrits et conférences, Roxane Gay est devenue l'une des nouvelles icônes de la culture pop américaine, féministe et intersectionnelle. Particulièrement prolixe, à tendance multi-active, cette auteure, professeure d'université et conférencière a déjà signé, à 44 ans, six romans, dont deux best-sellers, et des dizaines de nouvelles ou récits publiés dans des magazines et sur de nombreux sites.
Fille d'immigrés haïtiens, elle grandit en parcourant les quatre coins des Etats-Unis, au rythme des déménagements liés au travail de son père, ingénieur en civil. Elle se décrit comme une gamine plutôt timide, et trouve dès quatre ans dans la lecture un véritable refuge, montrant déjà un fort penchant pour l’écriture. Elle fait ses études secondaires à l’université du Michigan, où elle passe un doctorat en communication technique et rhétorique. En 2008, elle rejoint l’équipe du magazine PANK, fondée par son professeur d’écriture créative, puis commence à collaborer avec les sites Rumpus et Salon. L'aventure s'emballe...
Pendant des années, j’avais décidé que le féminisme n’était pas pour moi, une femme noire.

Roxane Gay
Dans Bad feminist, (sorti en 2014 aux Etats-Unis dont les éditions Denoël publient la traduction en français, ndlr), elle nous dit les difficultés rencontrées quand petite fille elle cherche, sans les trouver, des modèles pour s'identifier. Dans son éducation littéraire, elle ne croise que des héroïnes blanches et riches. "Aujourd'hui, les éditeurs de fiction pour jeunes adultes commencent très lentement à faire un effort pour refléter des réalités plus variées",  constate-t-elle néammoins.

"Pendant des années, j’avais décidé que le féminisme n’était pas pour moi, une femme noire, une femme qu’on a identifiée en tant que queer à divers moments de sa vie, car historiquement le féminisme s’est surinvesti dans l’amélioration des conditions de vie
des femmes blanches et hétérosexuelles au détriment de toutes les autres", écrit-elle, regrettant que les femmes de couleur, queer ou transgenres aient été abandonnées par le "Féminisme avec un grand F", voilà une "vérité crue et douloureuse".

Le viol fait exploser l’audimat.

Roxane Gay
Parmi les nombreux sujets qu'aborde Roxane Gay avec ses chroniques rassemblées dans Bad Feminist, l'un nous percute particulièrement. Evidemment parce qu'il relève du vécu de son auteure. Le viol.

Dans un chapitre intitulé "Le langage désinvolte de la violence sexuelle", l'écrivaine nous interpelle sur la manière dont on en parle dans les médias, et comment à la télévision, on alimente à travers les scènes de viol, la confusion entre exhibition et exploitation. "Le viol fait exploser l’audimat", nous dit Roxane Gay, "Si nous voulons parler de viol et de la façon dont nous sommes submergés par des représentations qui nous ont peut-être anesthésiés, il nous faut impérativement évoquer -New York : unité spéciale- (série policière rediffusée en France sur TF1, ndlr), où chaque semaine, le viol présenté est plus élaboré, plus macabre et plus indicible", précise Roxane Gay qui cite aussi d'autres séries telles que la cultissime Games Of Thrones.

Culture du violeur plutôt que culture du viol

"Peut-être que nous aussi, nous sommes trop désinvoltes dans notre emploi des termes - culture du viol- pour désigner les problèmes que soulève une culture embourbée dans la violence sexuelle", souligne Roxane Gay, selon laquelle il faudrait plutôt parler de « culture des violeurs ».

L'auteure remonte alors dans son passé. Et nous parle de la gentille petite fille qu'elle était, formule qui revient comme un refrain au cours de cette chronique, dans laquelle elle raconte avec détails, le viol collectif dont elle a été victime. Un viol orchestré par le petit ami du moment, qui ne la regardait pas en classe, mais lui faisait faire "tout" ce qu'il voulait.

"J’étais une binoclarde sans amis, mélange de membres dégingandées et de tignasse folle, tandis que lui était beau et populaire. À l’école, il continuait à faire comme si je
n’existais pas. J’en crevais, mais j’étais heureuse. J’étais heureuse parce qu’il était heureux, parce que si je lui en donnais assez, il m’aimerait peut-être. En tant qu’adulte, je ne comprends pas comment je pouvais le laisser me traiter ainsi.", avoue-t-elle.

Il y a quelque chose de particulièrement insidieux dans le viol collectif, dans l’idée que des hommes en meute, se nourrissent tant de leur folie mutuelle qu’ils pensent, chacun et tous, qu’ils ont le droit de violer le corps d’une femme.

Roxane Gay
La "gentille petite fille" nous livre les détails de ce moment-là : la cabane au fond des bois, la vitre cassée, les canettes par terre, le sol sale et répugnant, les rires du groupe de garçons buvant des bières, sa naïveté, sa prière silencieuse puis le cri dans la forêt, tout autant silencieux car personne ne l'a entendu. Roxane Gay poursuit : "Salope a été mon nom pendant le reste de l’année, parce que ces garçons avaient raconté une version très différente de ce qui s’était passé dans la forêt".

"Il y a quelque chose de particulièrement insidieux dans le viol collectif, dans l’idée qu’une meute d’hommes se nourrit tant de leur folie mutuelle qu’ils pensent, chacun et tous, qu’ils ont le droit de violer le corps d’une femme d’une façon aussi abominable et de regarder les autres se relayer", dit-elle. "Je ne peux pas parler au nom de tous, mais de ce que je sais du viol collectif, je peux affirmer que c’est une expérience qui vous consume complètement", confie-t-elle.

Les fictions féminines n'intéressent pas les hommes

"J'ai l'écriture", assène Roxane Gay à bien des reprises dans cet ouvrage, comme une incantation. Une écriture qui, comme on le comprend au fil des pages, lui a servi, lui sert, de remède à la vie. C'est justement cette auteure devenue affirmée qui nous fait part de ses réflexions sur le concept de "fiction féminine", une étiquette "souvent péjorative", dénonçant le fait que l'adjectif "féminine" soit devenu "une marque de dédain". "Je déteste le fait que certaines femmes se plient en quatre pour mettre une distance entre elles et la « fiction féminine », comme si nous devions avoir honte d’être des femmes qui écrivent ce qu’elles ont envie d’écrire", citant à l'appui une phrase de Marguerite Duras .
 
Le souvenir des hommes ne se produit jamais dans cet éclairement illuminant qui accompagne celui des femmes.

Marguerite Duras, L’Amant
Car selon Roxane Gay, les points communs entre l’écriture des hommes et celle des femmes sont bien plus nombreux que ce qui les différencie. "Comment se fait-il que nous perdions tout le temps cela de vue ? Quand les hommes sont-ils devenus l’étalon de mesure universel ?", s'interroge cette fidèle lectrice de l'écrivaine et réalisatrice française, Virginie Despente.


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